A Mayotte, la vie est rythmée par les contrôles de police. Sur 200 000 personnes, près d’un quart n’a pas de papiers. L’an dernier, 16 000 clandestins ont été expulsés. Arrêtés, ils sont conduits au centre de rétention administrative de Pamandzi, le seul de l’île. Pour les associations, il est urgent de le fermer.
« Indigne de la République ». Voilà comment la Commission nationale de déontologie de la sécurité qualifiait le centre de rétention administrative (CRA) de Mayotte le 14 avril dernier. A la tête de ce centre, Yvon Carratero, commissaire divisionnaire et directeur de la police aux frontières, tente de l’améliorer. « J’ai beau être imaginatif », explique-t-il, « j’ai des limites budgétaires et d’espace. Quoi qu’en disent les associations, les conditions au CRA restent acceptables au vu du contexte extérieur. Même s’il faut bien sûr les améliorer. »
Le cœur de la « machine à expulser » mahoraise est un bâtiment fait de bric et de broc. Evacuations de douches visibles à l’extérieur, toit en tôles vieillissant, le centre -qui date de 1995- est aujourd’hui bien détérioré. Depuis dix ans, l’Etat promet d’en construire un flambant neuf. Mais voilà, ce dernier se fait attendre et ne devrait être livré que début 2011.
En ce mercredi 13 août, 50 personnes attendent leur expulsion: 42 hommes, six femmes, et deux enfants. Devant le centre, c’est le ballet des « bouénis » (femmes en mahorais) qui viennent pour une visite, apporter des documents ou la valise d’un proche.
Le CRA doté d’une antenne médicale
A l’entrée, un minuscule local fait office de greffe, de bureaux des policiers et d’accueil des familles. Les visites se font sur un petit banc, sans aucune intimité. A deux pas, dans une salle sans mobilier, les bouénis regardent les JO à la télévision. Pour les enfants, Yvon Carratero prévoit de créer un espace détente, car les bambins ne sont pas rares à embarquer sur les kwassas, ces embarcations de fortune utilisées par les clandestins pour arriver sur l’île.
Depuis son arrivée en août 2007, le commissaire n’a pas chômé. Création d’une antenne médicale, installation d’une cabine téléphonique, construction de douches et de WC propres aux femmes… Le directeur souhaite utiliser au maximum le peu de terrain encore disponible.
La création d’une cantine est aussi à l’étude, mais Yvon Carratero avoue ne pas être sûr que cela fonctionne. « Ici, ça ne sert à rien de plaquer les modèles métropolitains. Lorsque j’ai installé une centaine de matelas, les hommes se sont amusés à les déchiqueter. Alors on est revenu aux vieilles nattes », dit-il dans un soupir.
« On les prend. On les renvoie. Ils reviennent… »
Les clandestins sont expulsés en moyenne au bout de 24 heures. Le commissaire assure : « Evidemment, ce n’est pas pour le plaisir qu’on a un CRA dans cet état. Les conditions sont difficiles car la structure est défaillante. Mais il n’y a aucune animosité dans le centre. On peut renvoyer 100 personnes avec seulement deux policiers sur un bateau. Les clandestins savent que huit jours après ils peuvent reprendre un kwassa pour Mayotte… Ici, il n’y a pas de sentiment d’irrémédiable. » Lucide, il admet : « On les prend. On les renvoie de l’autre côté… Et ils reviennent. On ne fait que maîtriser le flux. »
Depuis le 1er janvier, 9 793 personnes ont été reconduites à la frontière, dont 485 très jeunes enfants. Parfois, les clandestins profitent de la « machine à expulser ». A Mayotte, 98% des personnes renvoyées sont originaires d’Anjouan, l’île comorienne distante de 70 kilomètres. Alors quand un mariage a lieu sur l’île d’en face, Yvon Carratero voit arriver des sans-papiers « avec leur valises pour se constituer eux-mêmes prisonniers. » Souriant, il concède : « Pour eux, c’est un voyage gratuit… ».
Mélinda Trochu
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