Mayotte/Interception de kwassas : une nuit avec les gendarmes

6 09 2008

A Mayotte, 16 000 clandestins ont été expulsés en 2007. La quasi-totalité d’entre eux sont renvoyés vers Anjouan, l’île comorienne distante de 70 kilomètres. La lutte contre l’immigration clandestine, priorité des forces de l’ordre, conduit à des patrouilles incessantes autour de l’île. Le but : intercepter les Comoriens qui arrivent sur les kwassas, des embarcations de fortune.

Ce soir, les 185 kilomètres de côte de l’île seront surveillées par cinq gendarmes, dont deux plongeurs. Il est minuit, c’est le top départ. Avant de partir, les hommes du Kondzo, la vedette de la gendarmerie, s’enquièrent par téléphone de la position de la police aux frontières. « Mer calme. Soirée claire. On remonte par le nord », prévient la PAF. « Merci, bon retour », répond l’adjudant chef Daniel Grange, commandant de la brigade nautique de la gendarmerie.

Dans leur panoplie, les gendarmes disposent de jumelles à vision nocturne, d’un écran radar d’une portée de trois kilomètres et de lunettes thermiques. Ces dernières permettent, même par nuit noire, de savoir si une barque transporte quelques pêcheurs ou une trentaine de clandestins.

La quiétude du lagon n’est troublée que par le co-pilote chargé de scruter le radar. « Droit devant… A gauche… Un peu à droite maintenant… Encore à droite. » Au bout de trente minutes, c’est la première fausse alerte. Le Kondzo s’approche de quatre pêcheurs qui naviguent sans lumière. Un véritable danger pour la vedette, dotée de deux moteurs de 200 chevaux, qui fend la mer à quarante noeuds.

Le Kondzo, capable d’appareiller en 15 minutes

Entre deux embarcations de pêcheurs, les hommes se confient : « Les clandestins n’hésitent pas à faire des heures et des heures de mer pour rejoindre Mayotte. La dernière fois, il y avait un bébé de trois semaines dans le kwassa… C’est hallucinant. » L’adjudant-chef assure : « Les clandestins savent que le Kondzo est autant là pour les intercepter que pour les sauver. »

Pour Daniel Grange, la mission est claire, il faut contenir le plus possible l’action migratoire : « Si on ne le fait pas, il y aura des problèmes énormes à Mayotte. Alors on essaie de travailler le plus efficacement possible sans pour autant oublier le côté humain du problème. »

Trois radars quadrillent la quasi-totalité de l’île. Le Kondzo, capable d’appareiller en quinze minutes, a été mis en service le 1er mai 2007. « Il a déjà fait presque 200 000 kilomètres et intercepté 2000 clandestins. Depuis le début de l’année, nous en sommes à 40 embarcations », décompte Daniel Grange.

Les clandestins, pour la plupart Anjouanais, arrivent dans des conditions lamentables à Mayotte. Dans les kwassas, les excréments se mêlent aux effluves de gazole, aux chèvres, aux épices… Un concentré de misère qui ne laisse pas insensible. Lors du dernier naufrage, le 23 juillet, qui a fait six morts, six rescapés et une quinzaine de disparus, « c’est nous qui avons repêché les survivants et une partie des cadavres », raconte Daniel Grange. Et d’ajouter visiblement ému : « L’an dernier, un naufrage avait fait 17 morts dont huit gosses… »

Les clandestins restent en moyenne 24 heures au CRA

La mission première des gendarmes du Kondzo, c’est l’interception de kwassas. Mais souvent, quand la mer se referme sur ces embarcations de fortune, ce sont également eux qui plongent pour sauver les désespérés convaincus que Mayotte est la terre promise.

Lorsqu’un kwassa est intercepté, les clandestins sont emmenés au centre de rétention où ils restent en moyenne vingt-quatre heures. Si les passeurs ont pu être identifiés, ils sont confiés à la brigade des recherches. « Souvent, les passeurs se jettent au milieu des passagers pour ne pas être inquiétés », explique Daniel Grange.

Le lagon mahorais regorge d’ « histoires de kwassas » qui dépassent l’entendement. Certains passeurs n’hésiteraient pas à mettre les bébés à l’eau lorsqu’ils font trop de bruit. Mais pas les chèvres qui bêlent car elles ont une valeur marchande.

Il est six heures, le Kondzo rentre bredouille. Cela fait un mois et demi que les alizés freinent les départs d’Anjouan. Mais la rentrée des classes et le ramadan approchant, « tout est réunit pour que les kwassas reviennent », affirme Daniel Grange. A Anjouan, chaque jour, des dizaines d’hommes et de femmes quittent leur terre pour une traversée incertaine.

Mélinda Trochu

Reportage réalisé le 12 août 2008



Actions

Information

Laisser un commentaire