Mayotte, un « caillou » difficile à approvisionner

4 08 2008

Les consommateurs peuvent avoir des griefs légitimes (produits périmés, qualité des aliments, diversité de l’offre…) contre les grandes surfaces de l’île. Pour autant, il faut avoir à l’esprit que des contraintes d’importation fragilisent Maoré. Les directeurs de Sodifram et Bourbon Distribution Mayotte expliquent leurs difficultés au Mahorais.

Quand on interroge Alexandre Charalambakis, directeur du groupe Sodifram, sur les produits périmés, il est formel : « Un produit périmé, on le retire. » Le plus souvent, ce sont les gâteaux qui se périment vite « car ils ont des dates limites d’utilisation optimale (DLUO) assez courtes. » Il ajoute : « Les produits ultra frais, eux, ont une durée de vente d’une semaine, dix jours. Alors imaginez si cela arrive avec dix jours de retard… »

Chez Sodifram, on dit préférer jeter les marchandises en grande quantité sur le point d’être périmées que de « dénaturer l’image du produit ». Alexandre Charalambakis explique que des produits arrivent parfois déjà périmés sur l’île, « car les bateaux ont mis plus de temps que prévu à arriver. Nous sommes alors obligés de les récupérer », explique-t-il. « Mais c’est une perte que nous ne répercutons pas sur les clients. »

Récemment, ce sont les grèves -notamment au port de Marseille- qui ont eu une forte incidence sur l’approvisionnement de « ce petit caillou qu’est Mayotte ». « Ces deux derniers mois, nous avons eu de grosses ruptures dues aux non chargements de bateaux. Là, ça commence à se réguler », affirme le directeur de Sodifram. « Par exemple, Nous n’avons pas encore mis en place la rentrée des classes car les containers ont été chargés avec un mois et demi de retard… »

Il y a deux ans, un bateau qui venait de Marseille mettait quinze jours à atteindre l’île. « Nous avions une ligne directe Marseille-Longoni. On pouvait se permettre d’avoir plus de choix dans les produits », explique Alexandre Charalambakis. « Mais depuis avril dernier, nous avons de gros soucis. Les deux compagnies de transporteurs ont choisi de passer par une plateforme de dispatching à Maurice. Du coup, les marchandises mettent quatre, cinq semaines à arriver. » Pour le directeur de Sodifram, si Mayotte avance dans certains domaines, « elle recule aussi » dans d’autres.

Des promos sur les produits bientôt périmés

Chez Bourbon Distribution Mayotte, on assure qu’en ce qui concerne les produits périmés, « on a toujours appliqué les mêmes règles à Mayotte qu’à la Réunion ou en métropole ». François Vallin, le directeur, ajoute même : « Pour nous, DLC = DLUO. Même si pour les produits frais on essaie de les vendre jusqu’à la fin, on a pour règle (quand c’est une DLC) d’enlever le produit la veille. Car il faut que le client ait le temps de le consommer. Et s’il reste un gros stock, on fait des promotions plus ou moins alléchantes. »

François Vallin assure que les employés vérifient bien de ne pas laisser des produits périmés en rayons, même s’il reconnaît qu’il peut y avoir des erreurs. « Nous avons une politique rigoureuse. »

Les grèves des ports français ont également perturbé le groupe. « Nous avons fait partir des produits frais de Gênes. On a également fait des départs du Havre. Ce qui a représenté un coût important de redistribution. Mais nous n’avons pas bougé nos prix de vente », affirme François Vallin. « En général, on a eu le temps de détourner nos commandes sur d’autres ports ou de les annuler. Mais c’est vrai que ces grèves sont la cause des trous dans beaucoup de nos rayons. Depuis juillet, ça repart à la normale. » Lui aussi déplore : « De plus en plus, on a du mal à faire venir les bateaux à Mayotte ».

Mélinda Trochu

Article paru dans Le Mahorais


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