Yves Jégo, secrétaire d’Etat chargé de l’Outre-mer, recevait lundi 30 juin des acteurs du milieu économique mahorais. Ils étaient quatre à s’être déplacés à Paris pour parler de l’île : Serge Castel, président de la Chambre de commerce et d’industrie de Mayotte, Michel Taillefer président du Medef local, Aktar Djoma vice-président de l’Union maritime du port et Mohamed El-Hadi Soumaila, président de la caisse d’assurance chômage. Déçus par cette rencontre, ils expliquent la teneur de l’entretien au Mahorais.
Ils s’étaient déplacés à Paris pour parler de plusieurs sujets avec Yves Jégo, lundi 30 juin. Quatre acteurs du milieu économique mahorais (Serge Castel, Michel Taillefer, Aktar Djoma et Mohamed El-Hadi Soumaila) demandaient notamment « le maintien de la loi Girardin jusqu’à son terme, car elle est remise en question par le gouvernement actuel », explique Serge Castel, président de la Chambre de commerce et d’industrie de Mayotte.
« Il est question de supprimer les logements libres, ceux pour quoi les entreprises de Mayotte travaillent, pour faire du logement social. Mais cela fait plus de dix ans qu’on ne construit pas de logement social à Mayotte car nous avons un problème de foncier. La loi-programme prévoit qu’il n’y aura plus ou peu de défiscalisation à partir de fin 2009. Or, le bâtiment est le secteur le plus important en terme d’emploi à Mayotte. » Le président de la CCI prévient : « Ce secteur sera sur la courbe descendante, il y aura des licenciements ou des pertes d’emplois. »
Serge Castel explique que la délégation mahoraise demandait également l’exonération des charges sociales pour les entreprises de moins de 50 salariés et l’aide au fret, comme cela existe dans les DOM. Selon le président de la CCI, Yves Jégo aurait été « particulièrement discourtois ». « En gros, on nous a dit : Vous attendrez d’être un département, d’ici là vous n’aurez rien du tout. »
Une loi « spéciale Mayotte »
En mars 2009, la population doit être consultée. A partir de cette date, et suivant le résultat du scrutin, une loi « spéciale Mayotte » devrait être élaborée. Serge Castel affirme avoir eu « la certitude d’avoir en face de nous le représentant d’un gouvernement qui aimerait bien que la départementalisation ne se fasse pas ». Il assure qu’Yves Jégo aurait dit : « l’Etat se chargera d’expliquer à la population les inconvénients de la départementalisation car quand le territoire sera un département, la population se rendra compte des inconvénients et elle sera très mécontente… » Ce que complète Mohamed El-Hadi Soumaila, président de la caisse d’assurance chômage : « Yves Jégo a dit que l’Etat communiquera sur tout ce qu’on peut avoir de bien avec la départementalisation mais aussi toutes les contraintes juridiques, pour ne pas que la population mécontente se retourne contre ses élus. »
Mais pour le président de la CCI, c’est certain : « Ce discours nous prouve que l’Etat ne sera pas neutre. J’alerte nos élus et la population de la gravité de la chose. Il faut absolument que toutes les forces vives de Mayotte s’unissent pour parler d’une seule voix. »
Serge Castel est sorti « abasourdi » de l’entretien, qui a duré 45 minutes. « Nous étions venus pour parler économie, on nous a répondu politique. On n’était pas là pour parler de la départementalisation. C’est la tâche des élus, pas celle du milieu économique. »
Une grande région Réunion/Mayotte ?
Pendant l’entretien, Yves Jégo aurait émis l’idée d’une « grande région Réunion/Mayotte ». « A ce que je sache la Martinique et la Guadeloupe sont plus proches et il n’est pas question d’en faire une grande région. Alors pourquoi Mayotte ? Nous serions un département au rabais... » s’exclame Serge Castel.
Et d’ajouter : « On se demande si on est pas une collectivité de seconde zone pour ce gouvernement. Les fonctionnaires du ministère sont à mille lieux de comprendre ce qui se passe à Mayotte. S’ils imaginent que les Mahorais vont voter la départementalisation uniquement pour avoir des lois sociales, c’est faux. En 1976, il n’y avait pas de RMI, pas d’allocations telles qu’elles existent aujourd’hui… »
Serge Castel considère ne pas avoir été écouté par Yves Jégo, seul représentant du ministère pendant l’entretien. Si le président de la CCI est satisfait de savoir que les mahorais pourront participer à l’élaboration de la loi « spéciale Mayotte », il considère que la loi-programme pour l’Outre-mer « nous applique ce qui est pénalisant et nous refuse ce qui est valorisant ». Les DOM ayant des fonds structurels, des exonérations de charges sociales, une aide au fret… Ce dont ne bénéficie pas Maoré.
Satisfaction sur le dossier du port de Longoni
Aktar Djoma, vice-président de l’Union maritime du port, est également sorti déçu de la teneur générale de l’entretien. Mais sur le point qui le concernait tout particulièrement, le port de Longoni, il est reparti satisfait : « Le ministre m’a informé qu’il sonnerait une lettre de mission à un amiral sur le développement du port de Longoni. Celui-ci viendrait voir le port de Mayotte et rencontrer tous les partenaires pour définir une stratégie. C’est un premier pas. »
Mohamed El-Hadi Soumaila, président de la caisse d’assurance chômage, assure lui aussi que l’entretien avec Yves Jégo ne s’est « pas bien passé ». « Nous avons été très surpris du ton du ministre. Il n’était pas vraiment courtois. Nous n’avons pas eu de réponses positives sur quasiment l’ensemble des points. Il est resté sur sa position de statut quo ». Même si une loi « spéciale Mayotte » est à l’horizon, Mohamed El-Hadi Soumaila regrette qu’en attendant se profile « une année quasi blanche au niveau des aides et des avancées juridiques ».
Michel Taillefer, président du Medef local, participait également à cette rencontre mais il n’a pas eu le temps de donner sa version de l’entretien. Quant au ministère, contacté pour répondre à ces propos, il n’a pas donné suite.
Mélinda Trochu
Article paru dans Le Mahorais du 15 juillet 2008

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