Reportage à Sazilé, berceau des tortues

15 07 2008

Découvrir l’île et ses tortues par un bivouac

A Maoré, la faune aquatique ravit les touristes. Entre les dauphins, les baleines et une multitude de poissons, les plongeurs ont de quoi s’extasier. Pour découvrir les tortues, ces « géantes des mers », rien de tel qu’un bivouac à Sazilé, en compagnie d’un guide, pour apprendre tous leurs secrets.

La préparation du « voulé » est l’occasion d’échanger ses secrets de cuissons et ses expériences culinaires.

Rendez-vous était pris à Bandrélé, sur la plage. En ce milieu d’après-midi, ils sont cinq (trois adultes et deux enfants) à espérer voir les tortues. Le bivouac a lieu à Sazilé. Attoumani Harouna, guide depuis dix ans à Mayotte, l’encadre. Avant de s’élancer sur le sentier qui mène à la réserve naturelle, il faut charger tentes, glacières et sacs sur le bateau. Les adultes partent en randonnée tandis que les enfants rejoignent le campement par bateau.

L’accès à la plage de Sazilé se fait par la mer ou à pied. Cela réduit l’afflux de touristes inconscients, affublés de leurs lampes qui font fuir les tortues, comme cela peut se produire sur les plages de Moya.

Mais Sazilé se mérite. Il faut une heure de marche pour parvenir au site. Pendant le trajet, parfois un peu escarpé, on apprend à se connaître. Les pauses permettent d’observer les roussettes, de s’entendre conter l’histoire des baobabs ou de goûter au tamarin. C’est aussi l’occasion de découvrir des fruits insoupçonnés ou de demander des conseils sur ses prochaines randonnées. Attoumani se fait d’ailleurs un plaisir de répondre et n’hésite pas à tendre la main lorsque la montée se fait plus pentue. Sur le chemin, il ramasse des branches mortes pour alimenter le feu du bivouac.

Deux sites sont protégés pour les tortues : Sazilé et Moya

L’arrivée à la plage est magique. Excepté la maison des gardiens du conservatoire du littoral, le site est resté sauvage. Quelques tables en bois et des panneaux rappellent qu’on peut bivouaquer ici en respectant la nature. L’installation des tentes est rapide. On dépose le sac à dos et le tapis de sol -qui fera office de matelas pour la nuit-, puis direction la plage pour une ballade au soleil couchant.

« Ce soir, la marée haute est à 20h, c’est l’idéal pour voir les tortues », explique Attoumani tout en s’affairant à la préparation du « voulé », le barbecue local. Les papilles des convives se mettent en éveil. On s’échange alors ses astuces pour préparer bananes, mataba, manioc, poisson et autres « mabawas » (des ailes de poulet grillées).

La conversation s’attarde sur les bananes. Attoumani explique qu’il en existe 34 variétés à Mayotte. Et de donner des conseils pour leur cuisson. Mais ce qui est au cœur des échanges ce sont évidemment les « géantes des mers ». « La période idéale pour les observer est de mai à octobre », explique Attoumani.

Le bivouac permet d’observer les tortues mais surtout d’apprendre comment les protéger. Le guide raconte : « Leur premier prédateur, c’est l’homme. Après, il y a tous les animaux sur les plages comme les chiens ou les chats errants. » Et sous l’eau, requins et autres baracudas ont vite fait de dévorer les tortues. C’est pourquoi un œuf sur cent seulement atteint l’âge adulte. A Mayotte, deux sites sont protégés pour leur garantir une meilleure tranquillité : Sazilé et Moya.

Un groupe d’observateurs de tortues à Sazilé : Mélanie Talazac, Jérémie Bouyer, Soirifa Inoussa, Djamael Harouna, Attoumani Harouna (guide) et Abdel Harouna

« On ne peut pas surveiller toutes les plages »

Pendant que des makis s’invitent à la fête, le braconnage des tortues occupe les esprits. « Depuis 1994, aucune partie de la tortue ne peut être commercialisée », rappelle Attoumani. Ce qui n’empêche pas que 1000 spécimens en moyenne soient tués par an à Mayotte. « Il y a 150 plages sur l’île et un quart d’entre elles accueillent la ponte des tortues. Malheureusement, on ne peut pas toutes les surveiller. » Sur les plages de Sazilé et Moya, 10 000 tortues ont été recensées par les gardiens.

Attoumani aime raconter l’histoire de son île mêlée à ses souvenirs personnels. Il se rapelle qu’avant à Sazilé - qui signifie « un endroit où tout pousse »- on cultivait du riz de montagne. « Il y avait beaucoup d’oiseaux. On faisait sécher le poisson sur cette plage et on le vendait à Mamoudzou. A l’époque, il n’y avait pas de congélateur », dit-il dans un sourire. Sur son métier, il explique : « J’avais l’habitude de traverser Mayotte, je connaissais les sentiers. Alors j’ai eu l’idée de devenir guide. »

Au réveil… Huit bébés tortues

La nuit venue, Attoumani fait sa ronde seul pour voir si la chance est au rendez-vous. Ce soir, elle l’est. Pas moins d’une dizaine de tortues ont choisi Sazilé pour creuser leurs nids. Avec un peu de mal, malgré la lumière de la lune, on distingue les traces qu’elles laissent sur le sable. Pour l’équipée, c’est le début de l’attente.

Seul Attoumani décide d’aller voir telle ou telle tortue, lorsqu’il est certain que la présence d’hommes ne la fera pas abandonner sa ponte. Avec les plus grandes précautions, tout le monde le suit. Les tortues pondent une centaine d’œufs de la taille d’une balle de ping-pong et peuvent rester une à deux heures pour recouvrir parfaitement le nid. Les gardiens notent les numéros qu’elles portent -si elles sont baguées- et les mesurent.

Les campeurs passent d’une tortue à l’autre, en silence, en évitant d’éclairer leurs têtes. Quelques photos sont prises pour immortaliser la soirée. Chacun retourne ensuite à sa tente, satisfait, s’endormir avec le roulement des vagues.

Les bébés tortues restent une soixantaine de jours dans leurs œufs. A l’éclosion, ils regagnent la mer à toute vitesse en tentant d’échapper aux prédateurs.

Le lendemain matin, c’est l’émerveillement. Les campeurs ont la chance de voir huit bébés tortues gagner la mer. Pour tous, le bivouac est une réussite. Ils repartent ravis, prêts à conseiller à leurs amis de venir visiter Maoré.

Mélinda Trochu

Bivouac à Sazilé. Pour plus d’informations, contacter Céline de Baobab Tour au 06 39 69 02 01.

Article paru dans Le Mahorais du 15 juillet 2008



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2 réponses

15 07 2008
Raisa

Trop cool! Bravo Mélie! J’attends tes prochaines articles sur ce l’île magnifique avec une impatience. Bisous
R

24 07 2008
Jérémie et Mélanie

Merci. Très bon article pour faire connaitre les richesses de Mayotte et les découvrir intélligemment avec un guide comme Attoumani.

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