Les Etats-Unis sont engagés en Irak depuis le 20 mars 2003. Cinq années marquées par la pendaison de Saddam Hussein, les attentats à répétition, la perte de près de 4 000 GI’s et de dizaines de milliers de civils irakiens. La sortie du conflit paraît encore lointaine. Le futur président américain, qu’il soit démocrate ou républicain, devra s’atteler à régler le problème irakien.
Cinq ans après l’intervention américaine, les Irakiens continuent à fuir leur pays, selon le Haut commissariat de l’ONU. Le 20 mars 2003, les Etats-Unis envahissaient l’Irak.
« L’opération liberté irakienne » devait alors permettre de trouver les armes de destruction massive et rompre le lien présumé entre Saddam Hussein et le terrorisme. Le dictateur, capturé le 13 décembre de la même année, a été jugé coupable de crimes contre l’humanité et pendu le 30 décembre 2006.
En fin de compte, il n’existait aucune relation entre Al-Qaida et Saddam Hussein, selon un rapport du Pentagone publié début mars. Les armes de destruction massive sont également restées introuvables.
Cette guerre, basée sur des mensonges, a profondément divisé les Américains. Aujourd’hui, 60% d’entre eux estiment qu’elle était une erreur.
Dès le 1er mai 2003, George Bush annonçait : « Le gros des opérations de combat en Irak est fini ».
La mission des Américains est en fait loin d’être accomplie.
En cinq ans, la coalition militaire s’est réduite comme peau de chagrin. En mai 2003, 40 pays étaient engagés. Aujourd’hui, ils ne sont plus que 26. Et sur les 168 000 militaires présents en Irak, seuls 10 000 ne sont pas Américains. Même la Grande-Bretagne, allié majeur de Washington, a réduit son contingent.
Deux millions d’Irakiens ont fui leur pays
Aujourd’hui, l’Irak reste l’un des pays les plus dangereux du monde, selon Amnesty International.
Le chaos confessionnel qui règne entre chiites et sunnites a coûté la vie au cardinal de Mossoul, retrouvé mort jeudi 13 mars. Suscitant un vibrant appel à la paix de la part du pape Benoît XVI.
L’Irak, trop instable, est fui par sa population. Depuis 2003, sur une population de 28 millions de personnes, deux millions d’Irakiens ont fui vers la Jordanie et la Syrie. Et 2,5 millions sont déplacés à l’intérieur des frontières irakiennes.
Même si la violence a décru significativement fin 2007, la situation reste instable.
Mardi, alors que le vice-président américain Dick Cheney était en visite à Bagdad, un attentat dans la ville chiite de Kerbala a fait 52 morts et 75 blessés. C’est le plus meurtrier depuis près d’un an.
L’armée américaine montre des signes de fatigue. La Force multinationale dirigée par les Etats-Unis a perdu près de 4300 hommes en Irak.
Le chiffre symbolique de 4000 Américains tués en Irak s’approche dangereusement. Si les décomptes des soldats tués sont précis, il est en revanche très difficile d’estimer les pertes civiles. Selon l’organisme de défense des droits de l’homme Irak Body Count, au moins 81639 civils irakiens ont été tués.
La situation humanitaire en Irak est l’une des plus critiques au monde. « À cause du conflit, des millions d’Irakiens ont difficilement accès à l’eau potable, aux installations sanitaires et aux soins de santé » a affirmé le Comité international de la Croix-Rouge.
Pourtant, 55% des Irakiens se montrent optimistes sur leur avenir proche. Sept Irakiens sur dix souhaitent que les troupes étrangères quittent leur pays, tout en voulant que les Etats-Unis et le Royaume-Uni participent davantage à la reconstruction de l’Irak.
La secrétaire d’Etat américaine Condoleeza Rice a reconnu que l’administration Bush aurait dû s’atteler plus tôt à la construction de l’Etat irakien.
« Un retrait ? Ça voudrait dire la victoire d’Al-Qaida »
La guerre, voulue par le clan Bush, occupera le futur hôte de la Maison blanche. Selon le candidat qui sera élu président le 4 novembre, l’avenir des boys sera différent.
John McCain, candidat républicain, a estimé qu’il était important de maintenir une présence américaine en Irak. « Un retrait ? Ça voudrait dire la victoire d’Al-Qaida » s’est-il exclamé. Hillary Clinton lui a répondu : « Le retrait n’est pas la défaite. La défaite, c’est de maintenir des troupes en Irak pendant cinq ans ».
Barack Obama, lui, reproche à la sénatrice de New York d’avoir voté la guerre. Pour lui, cette guerre « n’aurait jamais dû être autorisée et n’aurait jamais dû être engagée ».
S’il est élu, il entend miser sur le dialogue, y compris avec les « États voyous » et a promis de faire rentrer les soldats immédiatement et d’avoir retiré toutes les brigades de combat au bout de 16 mois.
Hillary Clinton, si elle devient présidente, compte faire pression sur l’ONU pour que l’organisation s’implique davantage et obtenir une aide des alliés de Washington pour stabiliser la région. « Nous ne pouvons pas gagner » a-t-elle déclaré lundi.
Aux Etats-Unis, les experts s’inquiètent de l’impact du coût de la guerre sur le pays. Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie, vient de chiffrer le coût du conflit à trois mille milliards de dollars dans un livre controversé. Les Américains se sentent désormais plus concernés par la peur de la récession que par la guerre en Irak.
Cinq ans après, George Bush reste convaincu d’avoir fait le bon choix. Il a déclaré hier : « Les réponses sont claires pour moi: chasser Saddam Hussein du pouvoir était la bonne décision, et ceci est un combat que l’Amérique peut et doit gagner. »
Mélinda Trochu
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