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Portrait d’Anke Roux, conseillère municipale

mars 8, 2008 · 1 Comment

Voici le portrait d’Anke Roux, Allemande élue en 2001 au conseil municipal de Sucy-en-Brie, dans le Val-de-Marne. Depuis, elle a acquis la nationalité française. Elle se représente demain aux élections municipales.

Entre l’Allemagne et la France, son cœur balance

« Je crois que mon mari est d’accord » lance Anke Roux, jolie Allemande aux yeux bleu-vert, d’un air malicieux. À 43 ans, la conseillère municipale de Sucy-en-Brie (Val-de-Marne), emmitouflée dans un manteau rouge élégant, se représente aux élections demain.

Anke Roux

Avant d’être élue en 2001, elle écrivait souvent au maire. « Pour le manque de moyens à l’école, la gêne du bruit - j’habite près d’Orly -… » Un sourire illumine son visage. « Je crois que le maire, Jean-Marie Poirier, m’a trouvé embêtante. Il m’a dit : plutôt que de critiquer, venez travailler avec moi ! » À l’époque, elle hésite. Et tranche seule. « J’aime bien réfléchir par moi-même. » C’est le maire UMP qui trouve les mots et la convainc. « Il était très impressionnant » se souvient-elle.

Anke Roux est consciente de son « image de marque ». Femme, européenne et sans étiquette. « C’est aussi pour ça qu’il voulait que je le rejoigne. » Elle pense que la loi pour la parité était nécessaire. « Sans elle, je n’aurais peut-être pas eu le courage. Les femmes ont les mêmes compétences que les hommes mais elles ont tendance à douter. »

On comprend son engagement quand elle raconte son enfance par bribes. Née à Berlin-Ouest en 1964, elle grandit dans une famille où la politique est omniprésente. « Le sujet numéro un à la maison c’était la seconde guerre mondiale. Ma famille a été très marquée. » Aucun homme n’y a survécu du côté maternel sauf son grand-père.

Son père magistrat tenait à sa neutralité mais a toujours poussé ses enfants à s’intéresser à la politique. « Parce que si on ne le fait pas… » Silence. Anke Roux, elle, militait pour la jeunesse chrétienne-démocrate.

Berlin, c’était aussi la « folie, la grande fête branchée. » David Bowie vivait en plein centre. Les concerts rythmaient les sorties. « Les Berlinois ne pouvaient pas aller en week-end à la campagne comme les Parisiens. Dès le vendredi après-midi, on commençait à être nerveux et à se demander où sortir.»

Mais le microcosme est pesant. « Pourquoi ce mur ? C’était difficile à comprendre. » Coupée du reste du monde, elle ne supporte pas le rideau de fer. « À Berlin-Ouest, on ne pouvait voter que pour la mairie. Les députés étaient sans pouvoir. » Le visage fermé, elle lâche: « On n’avait même pas le même passeport que les autres citoyens allemands. »

Berlin ce n’était pas si bien. À dix-huit ans, elle ressent le besoin de «sortir de là ». Elle part comme jeune fille au pair à Paris, alors qu’elle n’a jamais étudié le Français. Tombée amoureuse de l’Hexagone, elle fait depuis vingt ans la navette avec l’Allemagne. En 1989, elle décide de faire sa vie à Sucy et se marie avec Patrick, un judoka professionnel « rencontré en boîte » (elle le dit en rougissant).

« J’en avais marre de ne pas avoir les mêmes droits que les autres citoyens »

Depuis quatre ans, elle est devenue Française. « Cela fait vingt ans que je vis ici, j’en avais marre de ne pas avoir les mêmes droits que les autres citoyens. » Parce qu’elle s’occupe du jumelage à Sucy, les autorités allemandes l’ont autorisée à garder sa nationalité d’outre-Rhin. Émue : « Quand je vois Marianne dans une mairie ou que je regarde mon passeport, je me dis que c’est un peu mon pays aussi ».

Elle continue toujours la navette, « en avion, train ou voiture » entre ses deux pays de cœur. Ses journées sont bien remplies. Elle donne des cours de langues et travaille au centre culturel de sa ville. Français, Allemand, Espagnol, Anglais… Anke Roux, modeste, reconnaît apprendre les langues avec facilité.

La France lui a permis de vivre toutes ses envies. « Ici, c’est facile de tout concilier, les femmes prennent la liberté de tout faire. En Allemagne, avoir des enfants et un travail est mal considéré. Beaucoup de femmes de ma génération ont choisi de ne pas avoir d’enfants ».

La jeune conseillère, elle, en a deux : Alexandra, 17 ans, et Nicolas, 14 ans. Ils ont la double nationalité mais « ont eu un problème d’identité. » « Il y a dix ans, on a visité les plages du débarquement. Ils m’ont demandé qui étaient les méchants… » Anke Roux a choisi d’être claire : ce sont les Allemands. Même si « tous les Allemands n’étaient pas nazis et tous les nazis n’étaient pas Allemands. »

La jeune franco-allemande n’a qu’un seul regret. Les yeux brillants, elle avoue : « J’aurais aimé être plus présente à Berlin après la chute du mur. » En 1989, elle vit le « plus grand moment de (sa) vie » à distance. Sa belle-mère lui dit de regarder à la télé les gens qui passent de l’Est à l’Ouest. « Je ne l’ai pas cru. Quand j’ai allumé la télévision, ça a été un choc. » Enceinte de trois mois, elle cherche à prendre l’avion. Mais aucun vol n’est disponible. «J’étais pleine d’émotions. Pour tout vous dire, j’ai fini à l’hôpital, c’était trop… »

Mélinda TROCHU

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1 response so far ↓

  • Sylvie Grasland-Deslot // avril 12, 2008 at 9:49

    Bonjour !
    J’ aimerais être mise en relation avec cette dame. Pourriez-vous lui transmettre mon courriel ?
    Merci

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