“Le croissant et le chaos”, d’Olivier Roy

4 03 2008
Olivier Roy, politologue spécialiste de l’Islam et directeur de recherche au CNRS, donne dans “Le croissant et le chaos” des clés pour comprendre le monde arabe d’aujourd’hui. Il n’élude ni le problème de l’Iran ni le conflit compliqué entre chiites et sunnites.
 

Pour comprendre l’essai d’Olivier Roy, Le croissant et le chaos, pas besoin d’être un spécialiste de l’Islam ou du conflit israélo-palestinien. Pour ce politologue français, la clé de la situation au Moyen-Orient se trouve en Iran. Si l’Iran était bombardé, affirme-t-il, ni le Hezbollah, ni la Syrie, ni le Hamas ne se lanceraient dans une escalade visant les Etats-Unis. “Le jour où les Etats-Unis bombarderont l’Iran toutes les capitales arabes protesteront mais plus d’une se réjouira.”

L’échec patent de Washington depuis le 11 septembre a fait des Etats-Unis “une puissance empêtrée incapable d’être le gendarme du monde” selon Olivier Roy. Récusant avec force le “concept de guerre globale contre le terrorisme” il fait le portrait des néoconservateurs : des universalistes et interventionnistes excluant toute possibilité occidentale dans les racines de la violence radicale islamique, ce qui biaise les éléments de réflexion.

Le projet de réforme du Grand Moyen-Orient est fortement critiqué dans cet essai où l’auteur affirme qu’aucune démocratie n’est possible sans une légitimité politique qui doit être ancrée dans la réalité anthropologique de la société (clans, tribus).

Quant à la problématique du clivage croissant entre sunnites et chiites, Olivier Roy affirme qu’elle va devenir “plus fondamentale que le conflit israélo-palestinien” car l’espace sunnite, réduit à l’est de Suez à l’Arabie Saoudite et à la Jordanie, doit faire face à la “menace chiite”, qui s’affirme depuis les années 60.

            “Pas un seul conflit ne s’explique par l’opposition entre laïques et islamistes au Moyen-Orient”, la thèse est osée mais Olivier Roy l’assume complètement. Il souligne même que la carte de recrutement d’Al-Qaida ne correspond pas aux espaces de crises du Moyen-Orient. Un Moyen-Orient, où selon lui il faut garder à l’esprit que “les conflits opposent d’abord des musulmans entre eux.”

[Le croissant et le chaos, d’Olivier Roy, Editions Hachette Littératures, mai 2007, 14€.]

 


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