Portrait de John McWilliam… Part two en français

11 02 2008

Du cacao aux pommes

John McWilliam, un scientifique anglais, est propriétaire de L’Aunay Cidre, une petite exploitation à Sainte-Marguerite-de-Carrouges (Orne), acquise en 1987. Cet homme discret, féru d’arbres fruitiers, ne s’est fixé dans sa ferme normande qu’en 2002, après de nombreux voyages humanitaires.

« Quand je suis arrivé, j’ai dû parler français car personne ne me parlait en anglais » se rappelle John Mc William en souriant. A l’âge de 17 ans, il a découvert la Normandie en tant que bûcheron. Lors de sa première venue, en 1973, il a rencontré celui qui allait devenir son « plus vieil ami » avec qui il vient de fêter Noël. Sa ferme, étendue sur treize hectares, est perdue à Sainte-Marguerite-de-Carrouges, dans l’Orne. Né à Singapour en 1954, John Mc William y vit entouré de ses pommiers avec sa femme Lynn et ses trois enfants, tous nés en France : Justine, Patrick et Jeanne.

De 1975 à 2002, il a travaillé comme scientifique et humanitaire dans plusieurs pays : Ghana, Sierra Leone, Thaïlande, Malaisie, Papouasie-Nouvelle-Guinée… C’est dans ce dernier qu’il a rencontré Lynn, sa future femme. Originaire de Vancouver, elle était alors volontaire pour le CUSO (Canadian University Service Overseas). Lui s’occupait de plantations de cacao pour le gouvernement britannique.

Tous deux, avec leurs enfants, ont participé à plusieurs missions en Asie et en Afrique dans le but d’aider « les personnes à gagner de l’argent par elles mêmes ». De petites tables en formes d’éléphants et des armoires typiques dans le salon trahissent leur passé sur le continent africain. Elles ont été faites sur mesure au Ghana, où la famille a vécu pendant sept ans.

John l’avoue, à la surprise de sa femme : « J’ai pensé à m’installer en Afrique de l’Est, en Ouganda. Là-bas, c’est une façon de vivre complètement différente. » Achetée en 1987, la ferme normande a vu pousser les pommiers au gré des vacances de John. « J’ai toujours été intéressé par le cidre » explique-t-il. « Le plus dur a été de planter chaque arbre à la main, l’un après l’autre, pendant mes vacances. La Normandie a une excellente sélection de pommes et la façon française de faire du cidre est fantastique. Mais si les gens prenaient plus soin de leur cidre, ils pourraient en faire le meilleur du monde » assure-t-il.

L’Aunay Cidre n’est devenue « la base familiale » qu’en 2001 lorsque Lynn est rentrée avec les enfants et en 2002 quand John les as rejoints. Les McWilliam confessent volontiers qu’ils adoreraient retourner au Ghana mais les moyens manquent. « Patrick se rappelle du Ghana, c’était un petit prince là bas » raconte Lynn qui donne des cours d’anglais aux amis de son fils.

La table bien garnie de la ferme : une image du passé

John continue d’avoir des nouvelles des pays qu’il a parcourus. Mais celles du Ghana ne sont pas bonnes. « Le trafic illégal du bois a repris » explique-t-il, visiblement ému. De l’Afrique, il a gardé cette propension à parler aux autres, à chérir les contacts humains. « En Afrique de l’Est où les gens sont très pauvres, il y a une vraie spiritualité. Ils ne sont pas timides. Les villages sont vivants. »

John aime à parler de la Sierra Leone, « ce merveilleux pays » où il a aidé des milliers de déplacés pendant la guerre. « Malgré ce que les gens pensent sur les atrocités, c’est un pays où il n’y a pratiquement pas d’animosité entre ethnies et très peu de discriminations religieuses.» Pour lui, pas de doute, on peut « prendre quelques pensées africaines et les adapter ». Son exploitation, il ne la voit pas comme une entreprise lucrative. « Certains producteurs de cidre, en France ou dans les alentours, ont oublié leurs plantations. Pour moi, ce sont mes arbres et mon cidre qui sont le plus important. Je ne fais pas beaucoup de publicité. Les gens qui me connaissent viennent s’approvisionner directement. »

John produit 25 à 30 000 bouteilles de cidre et de calvados par an. S’il est revenu en Normandie pour créer son exploitation c’est parce qu’il adorait « la France d’avant », celle où la nourriture et « la camaraderie » emplissaient les fermes après une journée de travail harassante. « C’était un travail dur physiquement mais il y avait une certaine joie de vivre et de la bonhomie », se souvient l’ancien bûcheron avec un pincement au cœur. « Aujourd’hui l’économie française est dans une mauvaise passe. La table bien garnie de la ferme est une image du passé. » Même s’il est heureux de s’occuper de ses pommes normandes, il assure : « Il y a une joie de vivre au Ghana qu’on ne retrouve pas ici.»


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